mercredi 6 novembre 2013

Conférence de Mgr Albert Rouet à l’occasion du lancement de l’année pastorale diocésaine.

Le vendredi 13 septembre, Mgr Albert Rouet nous a entretenus sur l’expérience des communautés locales qu’on décline habituellement sous une panoplie de termes (Équipe d’animation pastorale, Équipe locale d’animation pastorale, Équipe locale, Communauté locale, Petite communauté chrétienne, etc.).

1.      Présentation de Mgr Albert Rouet

Mgr Albert Rouet est né en 1936 dans le Centre de la France, de parents agriculteurs. Ordonné prêtre pour le diocèse de Paris en 1963, il a été pendant longtemps aumônier de jeunes,  responsable de services diocésains et interdiocésains et vicaire général. Il devient évêque auxiliaire de Paris en 1986, puis évêque en 1994 et archevêque de Poitiers en 2002. C’est dans ce diocèse qu’il a initié une expérience pastorale fondé sur la redécouverte de l’importance de la communion baptismale en Église, appelée communément les communautés locales. Au sein de la conférence des évêques de France, il a présidé la Commission Sociale de (1991-1997). Mgr Rouet est archevêque émérite depuis février 2011.

2.      Les grandes lignes de sa conférence

Les communautés locales. De quoi s’agit-il ?

Pour Mgr Rouet, le projet tient en quelques lignes. Premièrement, il tient dans un grand chantier de préparation commencé par ses prédécesseurs, avec notamment l’existence d’un centre de formation pour les laïcs. Son initiative s’est inscrite dans la continuité du travail des anciens évêques du diocèse de Poitiers et dans une histoire commencée avant lui. Ensuite, étant lui-même fils d’agriculteurs originaires de la région du Centre de la France, voisine de Poitou-Charentes (où est situé le diocèse de Poitiers), il dit avoir très tôt été sensible à la situation de ce coin du pays : grandes mutations sociales, culturelles et politiques. Enfin, l’expérience consiste à permettre aux baptisés-confirmés d’exprimer les dons que chacun et chacune reçoit de l’Esprit pour le bien de tous. En clair, elle est une manière de vivre la communion ecclésiale à partir des responsabilités particulières : des hommes et des femmes – ayant une vie de famille, engagés professionnellement dans divers secteurs de la société – apportent à l’Église des situations, des histoires qui donnent corps à leur vie de croyantes et de croyants. Enracinés dans l’évangile, impliqués dans la société, ils participent à rendre plus humain leur secteur.

Les motivations ou les occasions

Les changements sociaux, administratifs et politiques, les mutations de l’espace aussi bien rural qu’urbain rendaient nécessaire de reconsidérer la manière d’être Église et de vivre la foi en communauté. Il apparaissait très clairement aux yeux de Mgr Rouet que la paroisse telle que conçue, spécialement dans le cadre de la France (une communauté = une paroisse = un prêtre), était de moins en moins en phase avec la manière dont nos contemporains conçoivent l’espace. Il en est arrivé au constat que le simple remodelage des paroisses, perspective qui lui semblait être de courte vue, était insuffisant si l’on voulait s’assurer une manière nouvelle de vivre la foi dans un monde en perpétuelles mutations. Il fallait donc inventer et imaginer l’Église autrement. Une conviction : l’Église est présente là où deux ou trois sont réunis au nom du Christ.

Les sources 

À partir donc des ressources en présence, il a regardé ce qui se passait à l’autre bout du monde : l’expérience des Communautés ecclésiales des base en Amérique latine et celle des Petites communautés vivantes du cardinal Malula, en Afrique (Congo).

La référence

Le concile Vatican II constitue la référence ultime. Pour Mgr Rouet, l’aventure des communautés locales repose sur une conviction ardente présente dans les intuitions majeures du concile : celle de poser lucidement  les conditions d’une nouvelle compréhension de la charge ecclésiale et du partage des responsabilités dans la mission entre les baptisés  et les ministres.  L’intuition des communautés locales est avant tout missionnaire : redonner le goût de l’espérance, mettre debout des hommes et des femmes qui veulent témoigner de leur foi. Le concile a en effet vivement soutenu l’élan du partage des responsabilités dans la proposition de l’Évangile.

Le rôle des laïcs

En équipe, des laïcs exercent la vocation reçue des sacrements de l’initiation chrétienne. En secteur, une équipe d’animation pastorale, avec des ministères reconnus selon des charges particulières, anime une unité pastorale fondamentale.

L’évêque

L’évêque, dont la charge consiste à reconnaître les charismes et les ministères, de sorte que tout le monde à sa façon et dans l’unité apporte son concours à l’œuvre commune (LG 30), veille à reconsidérer l’articulation des différents services et ministères vécus en coresponsabilité.

Le rôle du prêtre

Le prêtre est compris comme exerçant un ministère de communion. Signe de la communion, il est au service de la communion, notamment en présidant l’eucharistie et les sacrements. La communion ne demande cependant pas de tout faire; elle place au point de rencontre. Le prêtre conduit sur le chemin de la foi, réunit pour la vie sacramentelle et soutient l’élan missionnaire.

3.      Quelques conditions pour une mise en œuvre féconde

Pour Mgr Rouet, il est fondamental de ne pas imposer, mais de convaincre les gens qu’ils sont capables. Il convient également d’avancer progressivement au fur et à mesure que les personnes sont prêtes, de fixer des règles convenables pour le fonctionnement et de s’en tenir sans cependant en devenir esclaves. Se référer à la typologie bien connue du père Yves Congar : stabilité, durée, reconnaissance et importance de porter le(s) projet(s) ensemble.


NB : En France, le père Rouet – comme on l’appelle là-bas – s’est fait une réputation non seulement par sa grande capacité à tenir un discours de haute volée sans texte et de manière cohérente, mais aussi par son sens de l’humour, décapant et savoureux. Il nous a agréablement bien servi ce double sentiment : d’un côté du sérieux, de l’autre du rire.